Qui êtes-vous, Philippe Habault ?


Les élections législatives se dérouleront les 11 et 18 juin prochains.
Il s’agit pour chacun des électeurs de décider qui va le représenter à l’Assemblée Nationale.
Outre les professions de foi ou déclarations d’intention, je trouve intéressant de rechercher la personne derrière le candidat, connaître sa démarche, ses motivations, etc…
Leglob-journal a rencontré de nombreux candidats pour les interroger avec une liste de questions normalisées.
Découvrons aujourd’hui Philippe Habault pour la 1ère circonscription de Laval.

Par Marrie de Laval.

Ce chirurgien vasculaire, lavalois depuis janvier 1990, reçoit à son cabinet à la polyclinique.
Tout en retenu et en pudeur, le faire parler de lui relève d’une certaine gageure.
Parce que son père travaillait à la météorologie sur la base navale de Karouba près de Bizerte en Tunisie, le voilà rapatrié en 1961 à l’âge de 4 ans avec ses parents. Il ne conserve en mémoire que la précipitation du retour par bateau peu après avoir été « attrapé par le col alors que je jouais dans un parterre de fleurs ».
Finalement, la famille se pose à Rennes en 1964. Il y fera toute sa scolarité.

Il s’oriente vers la médecine mais ne sait ce qu’il veut faire qu’à l’occasion d’une nuit de garde. Une jeune fille accidentée, en grand péril, sera sauvée par l’habileté et la science des médecins. C’est une révélation, il sera chirurgien « parce qu’on voit tout de suite, comment avec technique et dextérité on sauve la vie des gens. C’est exaltant ! »
C’est ainsi qu’il sait ce qu’il peut apporter, il connaît sa valeur et la vertu de l’éducation de qualité !
Cependant, il préfère présenter les prothèses et les instruments qu’il utilise lors des interventions chirurgicales. Enthousiaste, il explique tout avec rigueur et pédagogie, qu’il s’agisse de la pose des stents que du remplacement des artères, hors cardiologie.

L’homme mérite qu’on s’y intéresse tant il sort de l’ordinaire, aussi bien dans son activité professionnelle qu’en politique.
Pour se décrire, le candidat recourt à l’image anatomique, tout à fait de circonstance ! « Politiquement, j’ai le portefeuille à droite et le cœur à gauche ».
Bref, cette annonce en fait un parfait centriste, si tant est que cette appellation clivante ait encore une quelconque pertinence …

Assurément, Philippe Habault sait ce qu’il veut !

Politiquement, c’est la création de l’UDI en septembre 2012 qui l’incite à adhérer. « Créer une force politique centrale capable de réunir les bonnes volontés et les bonnes idées politiques, en dépassant le clivage gauche-droite. C’est ce dont a besoin notre pays. » A l’époque, les observateurs de la vie politique voit dans cette création une forme de formation « Socialo-compatible ».Or, dès qu’il s’agit de discuter de certaines mesures prises par la municipalité lavalloise PS précédente, les propos de Philippe Habault n’ont rien de complaisants ou de bienveillants.

Sa participation sur la liste de François Zocchetto est le résultat de son engagement dès la première réunion de campagne, en 2013. « J’ai proposé  de faire le bilan de la situation financière de la ville pour déterminer quelles étaient les marges de manœuvre pour les propositions politiques à venir. Par la suite ce travail m’a donné une légitimité pour diriger les finances de la ville. »

Quant au maintien de sa candidature il préfère s’en remettre aux votes des électeurs plutôt qu’aux arrangements partisans : « J’ai compris très tôt que quelques personnes influentes localement avaient décidé que la candidate unique du centre et de la droite serait la candidate des LR. L’avis des militants UDI n’a pas été demandé. Le bureau de l’UDI, dont je faisais partie, n’a pas été consulté. Cette décision était anormale car la Mayenne est une terre centriste. J’ai maintenu ma candidature pour que le premier tour des élections législatives soit une sorte de primaire entre le centre et la droite. Pour que les mayennais puissent exprimer leur sensibilité centriste. Pour moi, l’UDI ne doit pas se concevoir comme une force d’appoint pour LR mais comme une vraie force politique de rassemblement. »

Professionnellement, dès le diplôme de chirurgie en poche, en 1987, il cherche à se perfectionner avec une nouvelle technique, « l’endoscopie », dans les années 90 à Paris puis à Rouen.
Plutôt que d’attendre sagement la promotion par ancienneté, le voilà parti de l’Hôpital Broussais pour s’installer à la polyclinique du Maine, fonder le service vasculaire qui manquait en Mayenne et participer à la gestion de l’établissement de 230 salariés.
Face aux besoins du département, il développe et délocalise l’offre de soins en chirurgie vasculaire, pour être au plus près des patients. Cette démarche va à contre-courant de l’actuelle tendance à la rationalisation des soins sur les territoires, surtout avec la mise en place des GHT (Groupement Hospitalier de Territoire). Il est donc facile de comprendre son hostilité à une telle réforme !
Son argumentaire est très bien rodé : comment raisonnablement demander à du personnel d’un établissement de venir travailler dans un autre au gré des besoins de remplacement, surtout sur un territoire étendu et rural ?

Professionnellement, il ne se satisfait pas d’une certaine zone de confort. Il n’hésite pas à bousculer les codes et les pratiques. Et comme l’activité médicale proprement dite ne suffit pas, il participe à des actions ou des associations relatives à la médecine, à la chirurgie et alerte sur les déserts médicaux en Mayenne. Son discours est étonnamment pratique et factuel quand il parle de ce qu’il connaît, le monde médical, alors que sur des sujets qu’il maitrise moins, ces sont des arguments tenant d’une certaine langue de bois ou que l’on attribuerait volontiers aux libéraux les moins centristes qui percent. Et là, nous relevons une faille dans le raisonnement : ce qui est mauvais pour le monde de la santé devient une exigence pour le secteur public !

Le si paradoxal Philippe Habault !

En effet, s’il est bon de disposer au meilleur coût de meilleurs soins, ce qu’il a su mettre en place au bénéfice de tous, il oppose des arguments pertinents à la gestion proposée par l’ARS. Avec du personnel spécialisé il est inconcevable de vouloir gérer les ressources humaines à la petite semaine. Il faut de la stabilité.

Or, dès qu’il s’agit d’évoquer la gestion de la ville, ce qui était mauvais pour le secteur hospitalier devient une vertu cardinale pour les collectivités territoriales.

En effet, contre la centralisation hospitalière, il défend, à l’inverse, la réduction des strates administratives des collectivités locales. Tout ce qui peut disparaître entre la commune et l’État lui-même est bénéfique pour les comptes publics. Selon Philippe Habault, « l’administration publique est lourde, consomme de l’argent sans produire de richesse. Cela obère les comptes publics. »
Il oublie juste que le personnel public rend des services, les fameux services publics, ceux-là même qui permettent à l’échelle des collectivités publiques locales ou nationales de mutualiser des dépenses au service de tous. Leurs créations de richesses c’est l’économie réalisée par chaque foyer. Lui qui travaille dans le secteur médical devrait savoir, par exemple, que le système de santé par cotisation obligatoire et universelle nécessite moins de fonds et prend mieux en charge les dépenses que les assurances privées et certaines mutuelles. Le modèle américain le prouve chaque jour.

Par contre, sa pratique de l’agglomération met en lumière les limites de l’EPCI (Etablissement Public de Coopération Intercommunale). En effet, si au sein des commissions ou au conseil communautaire chaque commune s’exprime selon son poids de population, lors d’une participation en bureau, tout le monde dispose de la même représentativité (une commune, une voix). C’est ainsi que bien des projets se heurtent à l’égoïsme des plus petites structures qui refusent de financer des services localisés dans de plus grandes communes mais dont pourraient bénéficier leurs administrés … Le bassin de vie redevient pertinent, la loi NOTRe et la fusion de collectivités ne le choque pas d’autant que pour retrouver une souveraineté de plein exercice pour les municipalités noyées dans l’agglomération, la fusion est la meilleure réponse.

Ce qui est vrai pour les collectivités locales l’est aussi pour son sens de la solidarité sociale. Il se dit favorable à une société solidaire mais …
S’il « porte les valeurs chrétiennes selon l’éducation de [son] époque », s’il sait l’importance du travail collectif où toutes les compétences, même humbles, sont indispensables au succès, il marque des réticences envers les aides diverses. Fier des valeurs de « travail » et de « mérite », il reconnait la nécessaire solidarité sociale mais « il ne faut pas que le secours devienne un abus ». Ce sont là les limites de l’exercice : à quel niveau fixer l’abus ? Peut-être occulte-t-il, sans pour autant faire preuve de mauvaise intention, les situations de précarité dues à l’absence d’un environnement familial ou social plus favorable ou à une scolarité chaotique ne permettant pas d’avoir un travail mieux rémunéré.

Contrairement à ce que son parcours laisse entendre, on ne se fait jamais tout seul. C’est sans doute ce qui le marque comme n’étant pas de gauche.
Pour autant, l’homme n’est pas imperméable aux arguments et aux révisions de point de vue. Sa fille, par exemple, a su trouver les mots pour le sensibiliser aux enjeux écologiques et aux difficultés liées à la mixité.

Aux électeurs de se faire leur propre idée, jusqu’au 11 juin prochain.

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A propos Marrie de Laval

Liberté - Egalité - Fraternité ... Dépitée !
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